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Le plomb à l'origine d'une diminution de la population des rapaces

Selon l'étude, la population de vautours fauves dans le 13 pays européens observés est 12% plus faible qu'elle ne le serait sans exposition au plomb (archives). © KEYSTONE/CHRISTIAN BRUN
Selon l'étude, la population de vautours fauves dans le 13 pays européens observés est 12% plus faible qu'elle ne le serait sans exposition au plomb (archives). © KEYSTONE/CHRISTIAN BRUN


Publié le 16.03.2022
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Le plomb des munitions des chasseurs entraîne une réduction d'au moins 55'000 rapaces de la population des oiseaux de proie en Europe à cause de la contamination de leur alimentation par le plomb des chasseurs, selon une étude publiée mercredi.

Menée par des chercheurs de l'université de Cambridge, cette étude est présentée comme la première à calculer l'impact de ces empoisonnements à travers l'Europe.

Elle a analysé les concentrations de plomb dans le foie de 3000 rapaces de 22 espèces retrouvés morts ou mourants dans 13 pays européens (Suisse, France, Allemagne, Autriche, Hongrie, Espagne, Portugal, Italie, Pologne, Suède, Danemark, Royaume-Uni et Grèce).

Les chercheurs estiment que, pour 10 espèces de ces oiseaux, qui se nourrissent de proies vivantes et de charognes, l'empoisonnement de l'alimentation par le plomb des munitions des chasseurs entraîne une réduction de leur population de 55'000 individus adultes dans le ciel européen - par rapport à ce que serait leur nombre sans cet empoisonnement.

Mort "lente et douloureuse"

Les modèles indiquent que leur population est ainsi 6% plus faible qu'elle ne le serait sans les effets du plomb, qui promet aux oiseaux contaminés une mort "lente et douloureuse".

La population des aigles à queue blanche est ainsi 14% plus faible qu'elle ne le serait sans exposition depuis plus d'un siècle au plomb, celles de l'aigle royal et du vautour fauve respectivement de 13% et 12%. Elle est de 3% pour des oiseaux communs tels que le Milan royal ou le busard des roseaux. La population des busards communs est inférieure de 1,5%, mais ce faible pourcentage correspond à 22'000 oiseaux tant cette espèce est répandue.

Sans surprise, les chercheurs ont observé une corrélation entre la densité de chasseurs et le nombre de rapaces empoisonnés. Et "le fait qu'aucun rapace empoisonné au plomb n'ait été trouvé au Danemark après que le pays a interdit en 1996 les munitions au plomb indique que le plomb à l'origine du problème vient des munitions des chasseurs", a précisé à l'AFP le Pr Rhys Green, auteur principal de l'étude.

"Mesures fortes" nécessaires

"Le niveau de la baisse des populations de rapaces suggérée par notre étude serait considéré comme méritant des mesures fortes, notamment législatives, s'il était causé par la destruction de l'habitat ou un empoisonnement délibéré", a-t-il dénoncé dans un communiqué.

"Souffrances et morts évitables de nombreux rapaces à cause de l'empoisonnement au plomb devraient suffire pour exiger l'utilisation d'alternatives non toxiques", a indiqué Debbie Pain, co-auteure de l'étude, soulignant l'urgence à agir.

La chasse est tenue pour responsable de la dissémination d'environ 14'000 tonnes de plomb chaque année dans l'Union européenne, rappelle l'étude.

Deux pays européens ont interdit la grenaille de plomb: le Danemark et les Pays-Bas. Le Danemark prévoit d'interdire aussi les balles de fusil en plomb. UE et Royaume-Uni prévoient d'interdire toutes les munitions au plomb, soulignent les auteurs, mais se heurtent à l'opposition de groupes de chasseurs. En Suisse, les cantons du Valais et des Grisons ont interdit les balles en plomb.

ats, afp

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