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Retour vers les sixties avec «Mixte»

«Mixte» suit le quotidien des élèves du Lycée Voltaire, devenu mixte en 1963 © Amazon Prime Video
«Mixte» suit le quotidien des élèves du Lycée Voltaire, devenu mixte en 1963 © Amazon Prime Video
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27.09.2021

Critique série » Ayant pour thème principal la mixité scolaire et pour toile de fond les années 60, la série française «Mixte», disponible depuis juin sur Amazon Prime, est une belle surprise.

Kessey Dieu

En juin dernier, Amazon Prime a dévoilé sa première création originale 100% française. Intitulée «Mixte», elle prend place en septembre 1963, à la veille de la rentrée scolaire. L’histoire se déroule au Lycée Voltaire, à Saint-Jean-d’Angély, dans le sud de la France. Jusqu’alors réservé aux garçons, l’établissement de province accueillera des filles pour la première fois. La nouvelle ravit et désenchante à la fois, corps enseignant comme lycéens étant partagés. Une chose est sûre: l’année scolaire sera mouvementée au Lycée Voltaire...

Au centre de l’intrigue, Michèle Magnan (Léonie Souchaud), fille de boucher·ère·s qui s’apprête à entrer en seconde. Pour lui donner la réplique, son grand frère Jean-Pierre (Baptiste Masseline), brillant élève de première, mais aussi son oncle Paul (Pierre Deladonchamps), le surveillant général, et sa tante Jeanne (Maud Wyler), l’infirmière du bahut. Très vite, la jeune Michèle se liera d’amitié avec la pétillante Simone (Anouk Villemin), fraîchement débarquée d’Algérie. Parmi les autres personnages, il y a aussi la distante Annick (Lula Cotton-Frappier), le solitaire Alain (Gaspard Meier-Chaurand), le souffre-douleur Pichon (Nathan Parent) ou encore la nouvelle professeure d’anglais, Miss Couret (Nina Meurisse).

Une série au charme vintage

Dès les premières minutes, l’œuvre créée par Marie Roussin nous plonge dans une ambiance rétro. Entre solex, cartables en cuir, mobylettes, robes ceinturées, chemises et cravates, on est vite propulsé dans une atmosphère vintage. Même si la reconstitution n’est pas parfaite – les plus pointilleux·ses remarqueront des anachronismes, notamment dans le style vestimentaire –, le décor old school fait mouche. La bande-son rock est en outre entraînante et les comédien·ne·s, convaincant·e·s. Mis à part les scènes de nuit, qui manquent cruellement de luminosité, la cinématographie est soignée. 

Au niveau du scénario, le rythme est maîtrisé, les cliffhangers également: on ne s'ennuie pas, les rebondissements étant divertissants sans être excessifs. Indignation, rire, attendrissement, la comédie dramatique d’époque nous fait passer par tous les états. Les personnages sont attachants et plus complexes qu’ils n’y paraissent – mention particulière au futé Pichon et au touchant Bellanger. De la naïve héroïne issue d’une famille modeste à la lycéenne pied-noir venue préparer son «bachot» en France, en passant par l’orphelin contraint de travailler en dehors des heures de classe, les personnages ont des backgrounds divers et variés. Bien que nombreux, tous ont droit à une histoire satisfaisante, y compris les secondaires, même si celle de Descamps mériterait un peu plus de développement. Quant aux adultes, ils ne sont pas délaissé·e·s; le trio composé du «surgé», de l’infirmière et de la professeure d’anglais est plein de surprises et leurs péripéties sont tout aussi intéressantes à suivre que celles des ados.

 

À la fois rétro et avant-gardiste

Autre point fort de la série: la diversité des sujets explorés. Bien que la trame tourne principalement autour de thématiques scolaires (conseil de discipline, élection du chef de classe, match de foot entre profs et élèves, exposés en binômes), il est aussi question de divorce, d’homosexualité, de fausse couche ou encore du défaut d’éducation des jeunes filles en matière de sexualité. Des problématiques qui trouvent encore écho aujourd’hui; certains des combats menés par les personnages féminins sont, force est de le constater, toujours d’actualité. Loin de faire vieillotte, la série se révèle ainsi très moderne, malgré l’époque dans laquelle elle se situe.

Seule ombre au tableau: au fur et à mesure qu’on avance dans l’histoire, l’intrigue s’éloigne du thème initial de la mixité, pourtant si original, pour se concentrer sur les récits amoureux. Passés les premiers épisodes, celui-ci est en effet relayé au second plan, contrairement à ce que l’on aurait pu imaginer en visionnant la bande-annonce. Un choix quelque peu regrettable, qui ne se répercute cependant pas sur la qualité de la série: la production d’Amazon Prime reste en effet une belle surprise, tant sur le plan de la réalisation que sur celui de l’écriture.

Conclusion?

En huit épisodes, «Mixte» nous livre une histoire bien ficelée, touchante et rafraîchissante. On en redemande!

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