La Liberté

Révolution médiatique à Fribourg

Thierry Mauron (à droite) cède le témoin à Serge Gumy, qui prend la direction des médias du Groupe Saint-Paul. © Alain Wicht-archive/photomontage
Thierry Mauron (à droite) cède le témoin à Serge Gumy, qui prend la direction des médias du Groupe Saint-Paul. © Alain Wicht-archive/photomontage
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02.09.2021

Le Groupe Saint-Paul crée une société coiffant ses quatre journaux. Serge Gumy en sera le directeur

François Mauron

Economie » Le Groupe Saint-Paul poursuit sa mue. Quelques mois après avoir regroupé ses activités d’impression sur le site de Bulle, où une somme de près de 3 millions de francs doit être investie, l’entreprise fribourgeoise redessine son organisation interne. Ses différentes composantes vont ainsi être réparties dans quatre entités économiques propres, dont une société d’édition unique qui regroupera à terme, outre la régie publicitaire, les services de marketing et de distribution, tous les titres du groupe, soit La Liberté, La Gruyère, La Broye Hebdo et Le Messager. Cette nouvelle société – dont le nom reste à définir – sera dirigée par Serge Gumy, l’actuel rédacteur en chef de La Liberté. Il succède à Thierry Mauron, qui prend sa retraite après dix ans passés comme éditeur du quotidien fribourgeois, indique un communiqué.

«Thierry Mauron a restructuré l’entreprise pour en faire un groupe moderne et a joué un rôle déterminant dans la défense des médias régionaux dans un monde en pleine transformation numérique», salue Martial Pasquier, président du conseil d’administration du Groupe Saint-Paul.

Mutation

Ce dernier rappelle que le monde de la presse est en mutation. Il semble loin, le modèle, mis en place dans la seconde moitié du XXe siècle, qui voyait, dans les grandes villes romandes, un bâtiment regrouper la rédaction d’un journal et une imprimerie dotée d’une rotative ainsi que d’un équipement pour les travaux de ville (impression de cartes d’affaire, papier à lettres, circulaires, prospectus, livres). «En 2014, avec l’arrêt de la rotative, il y a eu de moins en moins de liens directs entre les rédactions et l’imprimerie du Groupe Saint-Paul. Par la suite, confrontés à la diminution des quantités d’impression, nous avons réuni les activités d’imprimerie en un seul lieu, à Bulle. A présent, nous devons adapter la gouvernance de la société», indique Martial Pasquier.

Ainsi, les diverses étoiles de la galaxie Saint-Paul vont être réorganisées, de façon à former trois nouvelles sociétés anonymes (avec chacune leur conseil d’administration), accompagnées d’une société de services (informatique, ressources humaines, services financiers). Le tout sera chapeauté par la holding Saint-Paul, qui n’aura plus réellement d’activité en tant que telle.

La première de ces sociétés anonymes s’occupera donc des tâches d’impression à Bulle. Elle sera dirigée par Sandrine Péclat Zapf. La deuxième se chargera des activités immobilières. Thierry Mauron en prendra la direction ad interim, pendant une période de transition. Enfin, conduite par Serge Gumy, la troisième raison sociale coiffera les quatre journaux du groupe, ainsi que, on l’a dit, la régie publicitaire, les services de marketing et de distribution.

«La profonde transformation du marché des médias et la nécessaire adaptation à la numérisation rendent incontournables un regroupement de nos forces et une collaboration plus étroite de nos équipes», souligne Thierry Mauron.

Mine de rien, il s’agit d’une révolution dans le paysage médiatique fribourgeois. Car les quatre titres, s’ils appartiennent au même groupe, ne se livrent pas moins à une réelle concurrence, en particulier La Liberté et La Gruyère. Ce qui est un gage d’émulation. Cette réunion des forces va-t-elle l’émousser?

A ce propos, Serge Gumy se veut rassurant. Les quatre rédactions seront maintenues sur trois sites (Fribourg, Bulle, Payerne) et conserveront leur rédaction en chef respective. «Profondément enracinés dans leur région, ces journaux continueront de défendre des valeurs fortes et qui s’inscrivent dans la durée: l’indépendance, la recherche de vérité, la proximité avec leurs lecteurs, l’humanisme», note-t-il.

«Nous devons poser les principes d’une nouvelle stratégie numérique, tout en affirmant la vocation régionale de nos journaux»
Serge Gumy


Lui-même quittera la rédaction en chef de La Liberté au 30 novembre prochain. Les démarches pour sa succession sont en cours.

Selon Serge Gumy, la restructuration menée par le Groupe Saint-Paul vise à assurer la pérennité des quatre titres. En effet, si leur situation économique est actuellement saine, notamment grâce à «un énorme travail sur la diminution des charges», l’avenir à moyen terme s’annonce délicat, si rien n’est entrepris (lire ci-après). «Nous devons nous adapter à l’évolution du marché médiatique. C’est pourquoi nous devons poser les principes d’une nouvelle stratégie numérique, tout en affirmant la vocation régionale de nos journaux», fait-il remarquer.

Plateforme internet

Ainsi, l’une de ses priorités à la tête de la nouvelle société d’édition sera de mettre en place une plateforme technique internet commune aux quatre titres, qui garderont toutefois leur identité propre. Des synergies seront par ailleurs établies entre les différentes équipes rédactionnelles, amenées à collaborer sur certains traitements de l’actualité. La réorganisation n’entraîne aucun licenciement. A terme, il est toutefois probable que les effectifs globaux des quatre journaux diminuent.

La date de mise en œuvre de ce nouveau régime n’est pas encore formellement arrêtée. Cela dit, Serge Gumy est déterminé à avancer, ne serait-ce que pour continuer «à avoir les moyens de nos ambitions». Parmi les mesures qui seront appliquées figure la perspective de réunir sous un même toit les bureaux régionaux de La Liberté avec La Gruyère, à Bulle, et La Broye Hebdo, à Payerne. Mais rien n’est encore décidé.

Dernière question. A Villars-sur-Glâne, le Mediaparc abrite notamment Radio Fribourg et La Télé. Peut-on imaginer, dans un avenir plus lointain, un rapprochement avec la plateforme Frapp, qui diffuse leurs contenus en ligne? «Nous sommes ouverts à tout ce qui peut renforcer les médias fribourgeois», répond Martial Pasquier.

Les recettes publicitaires sont en diminution

Le Groupe Saint-Paul, basé à Fribourg, est en bonne santé économique. Mais des nuages noirs pointent à l’horizon. Si rien n’est entrepris, le ciel pourrait tomber sur la tête de ses journaux vers 2030, note Thierry Mauron, directeur pour quelques mois encore du groupe. Ebranlés par la pandémie de Covid-19, ses quatre titres (La Liberté, La Gruyère, La Broye Hebdo, Le Messager) ont bénéficié d’aides à la presse du canton et de la Confédération lui permettant de franchir ce mauvais cap. Mais leurs recettes publicitaires diminuent inexorablement. De 16,1 millions de francs en 2019, on est passé à 14,4 millions de francs en 2020 et on table cette année sur un montant de 13,1 millions de francs. En 2030, ce poste ne rapportera plus que 10,7 millions de francs selon les projections. «Il faut donc prendre des mesures», souligne Thierry Mauron. D’autant plus que le nombre de lecteurs, actuellement stable, pourrait baisser de 20% à cette date en raison de leur vieillissement.

La réorganisation et les synergies annoncées ce mercredi s’inscrivent dans ce contexte. Il s’agit de garantir la pérennité des quatre titres. Leur réunion au sein d’une société d’édition unique va induire un changement dans leur actionnariat. Actuellement, l’Œuvre de Saint-Paul possède l’entier du capital de La Gruyère, La Broye Hebdo, Le Messager et deux tiers de La Liberté, le dernier tiers étant en main de la société Sofripa, détenue à parts égales par la Banque cantonale de Fribourg et Groupe E. Ces deux figures de proue de l’économie fribourgeoise vont donc entrer dans le capital des autres journaux. «Les deux actionnaires (Œuvre de Saint-Paul et Sofripa, ndlr) acceptent l’idée de participer à cet ensemble», confirme Martial Pasquier, président du conseil d’administration du Groupe Saint-Paul. FM

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