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Natation: l’image n’a rien d’une caricature

Après avoir mené Laure Manaudou à l’or olympique, Philippe Lucas entraîne Jérémy Desplanches

A Martigues, Philippe Lucas a vite fait comprendre à Jérémy Desplanches combien il est exigeant. © Keystone
A Martigues, Philippe Lucas a vite fait comprendre à Jérémy Desplanches combien il est exigeant. © Keystone

Gilles Mauron

Publié le 18.05.2022

Temps de lecture estimé : 6 minutes

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Natation » Débardeur noir, colliers et bracelets kitsch à foison, et bien sûr ces fameuses lunettes de soleil à monture blanche: nouveau coach du médaillé de bronze olympique du 200 m 4 nages Jérémy Desplanches, Philippe Lucas est bien fidèle à l’image qu’on a pu se faire de lui. Mais cette image n’a rien d’une caricature.

L’homme qui avait façonné Laure Manaudou, faisant d’elle la championne olympique 2004 du 400 m à l’âge de 17 ans, est l’un des personnages les plus médiatisés de la natation européenne. «Mais il ne joue pas un rôle, il est simplement lui-même», lâche Jérémy Desplanches, conquis par un homme qu’il trouve «très cool».

Grâce à une marionnette

Philippe Lucas (58 ans) sait pourtant parfaitement jouer de cette réputation, lui qui s’était fait un nom dans le paysage audiovisuel français grâce à sa marionnette des Guignols de l’info sur Canal+. «On parle de natation deux à trois fois par an dans les médias grand public», rappelle-t-il.

«Et grâce aux Guignols, je parlais pratiquement chaque semaine aux Français. Cela m’a apporté beaucoup de contrats publicitaires», sourit-il, pas du tout gêné par l’image «beauf» que sa marionnette reflétait. «Je me fous totalement de ce qu’on peut penser de moi», enchaîne-t-il.

Cette authenticité, c’est d’ailleurs certainement ce dont Jérémy Desplanches avait besoin après une dernière année difficile à Nice. Le Genevois avait l’impression que son désormais ex-coach Fabrice Pellerin n’accordait plus suffisamment de temps à la préparation individuelle de ses athlètes. Il en avait souffert.

Le patron met l’ambiance

A Martigues, ville portuaire de 50 000 habitants située en banlieue de Marseille, Philippe Lucas dirige pourtant un groupe de nageurs et nageuses plus important que celui de l’Olympic Nice Natation. Mais il est omniprésent dès l’échauffement musculaire d’une heure qui précède chacun des deux éprouvants entraînements quotidiens de nage.

«Quand je dirige, je dirige tout. Je regarde, je corrige, je motive. Je dois les bouger parfois. Je suis toujours derrière eux», explique le natif de Melun en Ile-de-France. Qui trouve effectivement le moyen de contrôler les exercices de tous ses protégés. Sans jamais oublier de les chambrer.

«L’ambiance au sein du groupe, c’est hyper important. Et c’est au patron de mettre l’ambiance, de mettre tout le monde de bonne humeur. Tout en travaillant sérieusement», explique-t-il. S’accorde-t-il le droit de connaître des jours sans? «Jamais. Ça n’existe pas chez moi», clame-t-il le plus sérieusement du monde.

Groupe de 15 nageurs

Le ton se fait plus sérieux à mesure que les exercices de musculation se durcissent, et surtout lorsque démarrent les séances de quelque 2 h 30 minutes de nage. Chronos en main, bandana sur la tête, torse nu cette fois, Philippe Lucas met un point d’honneur à surveiller chacune et chacun de ses quelque quinze nageurs.

«J’ai toujours préféré gérer de gros groupes. Quand on a des nageurs qui nagent beaucoup (la moitié de son groupe sont des nageurs de longues distances, ndlr), c’est même plus simple. Il y a alors plus de diversité», explique Philippe Lucas, qui bénéficie tout de même du soutien de deux assistants.

Rien de prémédité

Si son groupe comprend de nombreux jeunes éléments largement perfectibles, Philippe Lucas est également aux petits soins pour les deux «stars» qu’il vient de recruter, soit Jérémy Desplanches et sa compagne française Charlotte Bonnet. «Mais je n’ai pas cherché à attirer Jéjé ici», précise-t-il d’emblée.

«On avait discuté un peu pendant les Jeux de Tokyo (où Fabrice Pellerin n’était pas présent, ndlr), mais sans parler de Martigues, souligne-t-il. Charlotte ne savait pas ce qu’elle allait faire, mais elle m’avait dit que si elle poursuivait sa carrière, ce serait ici. Elle a dû lui en parler ensuite.»

Très exigeant, Philippe Lucas sait aussi s’adapter à ses athlètes. Jérémy Desplanches a ainsi pu très vite le vérifier à Martigues, lui qui a beaucoup souffert sur le plan physique durant les premières semaines. «Il nage plus, et avec plus d’intensité que l’an dernier. Il a besoin d’un peu de temps pour digérer», concède le technicien.

«Avec Jéjé, on discute beaucoup. J’ai ma façon de penser et de travailler, mais comme Jéjé est quelqu’un qui ne triche pas, je sais qu’on peut tout se dire. C’est un garçon très intelligent, qui réfléchit et analyse tout ce qu’il doit faire», souligne Philippe Lucas, dont la complicité avec le Genevois est déjà palpable. ATS


Philippe Lucas: «Jéjé a été éduqué à la dure»

Entraîne-t-on un nageur de 27 ans comme un jeune de 18 ans? «Ça dépend du mec. S’il est con comme un manche, qu’il faut le bouger, O.K., je vais le bouger, pas de problème. Mais on sait que Jéjé est quelqu’un d’appliqué, qu’il va essayer de faire ce qu’on lui demande même s’il n’est pas d’accord, réplique-t-il. Jéjé est un grand professionnel. Si on me la fait à l’envers en traînant les pieds, peu importe qu’on ait 18 ou 27 ans. Ce n’est pas une question d’âge, mais de responsabilité», enchaîne Philippe Lucas, qui relève aussi l’excellente éducation dont Jérémy Desplanches a bénéficié: «Il a été éduqué à la dure, on l’a mis sur les bons rails. Je ne sais pas si tous les Suisses sont comme ça, mais il est également très respectueux. C’est vraiment une belle personne, souffle-t-il. Et c’est un très beau nageur, qui a progressé sans cesse. On ne devient pas médaillé olympique, champion d’Europe (en 2018, ndlr) et vice-champion du monde (en 2019) par hasard.» ATS

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