La Liberté

Les hautes écoles se démènent

Des universités suisses cherchent à nouer des alliances après l’échec des négociations avec l’UE

Isobel Leybold-Johnson, SWISSINFO

Publié le 02.02.2023

Temps de lecture estimé : 5 minutes

Recherche » Ecartées des programmes européens de financement de la recherche et de la formation, les universités suisses concluent des alliances avec leurs homologues en Europe. Cela ne suffit toutefois pas à remplacer leur participation à Horizon Europe et Erasmus+.

L’Université de Berne a été la dernière en date à adhérer à une alliance. Le 1er décembre, elle a rejoint le réseau ENLIGHT composé de neuf universités, toutes axées sur la recherche, dont celles de Gand (Belgique) et de Bratislava (Slovaquie).

«Cette adhésion permettra à l’Université de Berne de rester active alors que l’enseignement vit une importante mutation dans le paysage européen», indique la vice-rectrice de l’Université de Berne, Virginia Richter. Même si la Suisse n’est pas membre de l’Union européenne (UE), Bruxelles et Berne ont longtemps coopéré en matière de formation, de recherche et d’innovation. Mais depuis 2021 et l’abandon par Berne des négociations sur l’accord-cadre avec l’UE, Bruxelles a rétrogradé la participation helvétique à Horizon Europe, le plus grand programme de financement de la recherche au monde, doté jusqu’en 2027 d’un budget de 95,5 milliards d’euros (95 milliards de francs). La Suisse doit désormais se contenter du statut de pays tiers non associé, ce qui limite son accès aux subventions et aux financements. Bien que la Confédération se soit substituée à l’UE en allouant des fonds provisoires, le coup est dur.

Renforcer l’innovation

L’année dernière, Bruxelles a cependant autorisé les universités suisses à rejoindre, sous le statut de partenaire associé, l’initiative «universités européennes», un programme phare d’Erasmus+.

Né en 2018, ce concept encourage les universités européennes à créer entre elles des alliances. Concrètement, les étudiants peuvent désormais obtenir leurs diplômes en fréquentant plusieurs des universités affiliées à ces réseaux. Ce programme renforce aussi l’innovation, l’esprit d’entreprise et la collaboration en matière de recherche et de formation.

«La phase pilote étant réservée aux membres d’Erasmus+, la Suisse n’a pas pu adhérer dans un premier temps à ce programme. Mais en 2022, le projet s’est ouvert à tous les membres de l’enseignement supérieur dans l’espace européen. La Suisse s’est alors montrée intéressée», résume Amanda Crameri de l’agence suisse Movetia, chargée de la promotion des échanges et de la mobilité dans le milieu de la formation.

Les universités européennes tentées par ces alliances doivent déposer leurs demandes de financement auprès d’Erasmus+. En tant que membre associé, la Suisse n’a de fait pas droit directement à ces fonds et n’est pas autorisée à coordonner ni à diriger des projets labellisés Erasmus+. Les universités suisses doivent s’adresser à Movetia.

Rester dans la course

Ces restrictions n’ont pas découragé les universités suisses. Elles sont six, sur les douze que compte le pays, à avoir déjà signé des accords avec des homologues européennes. S’y ajoute également une haute école spécialisée (HES). Movetia prévoit que quatre nouveaux établissements pourraient rejoindre ces réseaux cette année.

Outre l’Université de Berne, l’Ecole polytechnique fédérale (EPF) de Zurich a déjà adhéré en novembre à l’alliance ENHANCEL, une union forte d’une dizaine d’universités européennes spécialisées dans les techniques.

«Nous essayons aussi de concevoir ensemble de nouvelles formes de coopération en matière d’enseignement, avec la création d’offres communes et interactives», explique le recteur de l’EPF Zurich, Günther Dissertori. L’Université de Berne se félicite d’avoir rejoint, comme cinq autres membres de l’alliance ENLIGHT, la prestigieuse Guilde des universités européennes de recherche.

Rejoindre une telle alliance était également une évidence pour la Haute Ecole spécialisée de Suisse occidentale (HES-SO), qui fait partie depuis juin dernier du réseau UNITA (Universitas Montium). Pour Luciana Vaccaro, rectrice de la HES-SO, il s’agissait surtout «d’ériger un écosystème pour les citoyens de l’Europe de demain».

«Même si nous sommes exclus d’Horizon Europe et d’Erasmus+, nous avons réussi à rejoindre ce projet phare de l’UE et je me sens privilégiée d’y avoir accès», confie-t-elle.

Mais pour les rectorats des universités, ces alliances ne peuvent combler que partiellement un accès entier à Horizon Europe ou Erasmus+. «Beaucoup de chercheurs en Suisse font partie de l’élite scientifique mondiale. Or en sciences, l’excellence traverse les frontières», note Virginia Richter de l’Université de Berne. Elle ajoute que «pour rester dans la course, les scientifiques suisses doivent avoir la possibilité de collaborer avec l’étranger et diriger des consortiums au niveau international».

Dans le cadre du programme Horizon 2020, prédécesseur d’Horizon Europe, Berne a participé à 175 projets auxquels ont contribué 500 scientifiques, pour un budget d’environ 120 millions de francs.

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